Alors, au lieu de « why Pink Floyd ? » (nom de la campagne), « why NOT Pink Floyd ? », semblait mieux approprié !
De plus, ces remasters étaient d’autant plus attendus – au tournant, cette fois ! - qu’EMI se payait le luxe de n’ajouter aucun bonus sur ces albums alors que la matière existe et qu’elle est bien connue des bootleggers depuis plus de 20 ans ! Cette édition se devait donc d’être absolument irréprochable, tant sur le fond que sur la forme. Hélas, le bilan est, pour le moins, en demi-teinte…
La forme d’abord : un double slipcase accompagné d’un livret de 24 pages maximum (parfois seulement 8 pour « Obscured by Clouds » !). Disons le tout de suite : bonne chance pour le remettre dans la pochette sans le corner ou le tordre…Et où sont passées les jolies photos de Storm Thorgerson des éditions précédentes ? Quitte à mettre moins de pages dans les livrets, autant se passer des paroles des chansons, largement diffusées sur internet au 21ème siècle, non ? On passera aussi rapidement sur le booklet plus épais qui accompagne la « box », seul « bonus », hélas bien maigre…Plus inquiétant : quid de l’état des rondelles après leur avoir fait subir plusieurs allers et retours dans ces fourreaux étriqués sans pochette plastique pour les protéger ? A part « The Wall », un peu mieux favorisé, les autres risquent de souffrir très vite et, franchement, certains ont déjà assez souffert comme cela dans ce remastering !
Honteux ? Oui. Surtout quand, une fois de plus, on compare aux Beatles, aux « Deluxe Editions » d’Universal, ou à certains CD SHM japonais, beaucoup mieux lotis !
Parlons du son, désormais. Je précise sur quel équipement j’ai (religieusement) réécoutés chacun de ces disques. La source, d’abord : c’est un Cambridge Audio 540C, moyen de gamme mais bien évalué il y a 7 ans. L’amplificateur est un Creek 4240, Diapason d’Or en milieu de gamme il y a une quinzaine d’années. Enceintes ProAc Studio 130, (150W) petit haut de gamme clairement mal servies par l’ampli (40W). Cet ensemble audio exclusivement britannique n’est peut être pas une combinaison idéale mais a pour particularité de ne laisser passer aucun défaut. Chacune des enceintes est à environ 1m50 de l’ampli, dans une pièce aérée à l’acoustique correcte. Tous les albums ont été écoutés à un bon tiers de la puissance de l’amplificateur après avoir fait préchauffer le matériel pendant au moins une heure. Les conditions sont donc globalement bonnes pour l’évaluation d’une remasterisation vendue à grand renfort de marketing…
Je vais désormais procéder album par album, par ordre chronologique, en les comparant avec la précédente série qui, bien qu’elle apportait une amélioration en relief par rapport à la première, manquait clairement de dynamisme et/ou de netteté, surtout sur les disques qui en avaient le plus besoin (« The Dark Side of the Moon » ou « The Wall », pour ne citer qu’eux).
Je précise enfin que mon propos n’est pas de critiquer l’album mais le son et seulement le son et que j’ai donc essayé de rester le plus objectif possible.
The Piper at the Gates of Dawn (août 1967).
N’y allons pas par quatre chemins : c’est une déception cruelle d’autant que ce disque est complètement fondateur, qu’il a fait l’objet de rééditions particulières (dont une mono paraît il magnifique il y a quelques années) et que c’est le disque de Syd Barrett, créateur du groupe. On est frappé par le manque de présence et, surtout, de basse sur des morceaux où elle est pourtant fondamentale (« Pow R., Toc H. », « Chapter 24 » et, surtout, sur un des morceaux phares de ce disque : « Interstellar Overdrive »). Au mieux, ça pleure (« Flaming »…), au pire ça sature carrément (le final d’ « Astronomy Domine »…). Il n’y a pas la moindre amélioration par rapport à la précédente édition, à part le souffle qui a disparu mais en emportant avec lui, hélas, l’homogénéité... Malgré quelques oasis dans ce désert sonore (« Take Up Thy Stethoscope and Walk » et « The Gnome » sont désormais clairs et bien définis), c’est froid, distant et sans âme. Bref, l’écoute de cet album est devenue stressée pour ne pas dire pénible. Oui, ce disque met à mal de nombreux sound systems, oui les multitracks ont été perdus (comme ceux de « A Saucerful of Secrets ») mais c’est honteux de lui infliger un tel traitement, surtout quand on voit le travail qui a été fait sur des albums des Beatles pourtant largement antérieurs chronologiquement et enregistrés dans des conditions au moins similaires.
Verdict : 1/5. Octroyé uniquement pour la précision accentuée de certains morceaux mais l’ensemble est assez désastreux.
A saucerful of Secrets (juin 1968)
Moins d’une année s’est passée et, pourtant, l’enregistrement n’a plus rien à voir avec le précédent. Certes, il y a des petits défauts mais l’ensemble, contrairement à son prédécesseur, est homogène, le son est beaucoup plus rond, les basses, onctueuses, les guitares ne sont plus criardes ni scintillantes (dans l’ensemble), bref, c’est le jour et la nuit. Les défauts sont inhérents au mix original (le piano reste toujours trop en retrait sur « Remember a Day » et « Corporal Clegg » crachote toujours un peu) mais les titres phares sont particulièrement soignés. Ainsi, « Set The Controls for the Heart of the Sun » est remarquable d’équilibre entre la basse et la section rythmique même si l’on frôle de très près la saturation sur les guitares du final. L’orgue de « A Saucerful of Secrets », ne pleure plus et les timbres des chœurs se marient harmonieusement avec l’ensemble basse/orgue du dernier tiers. Oui, il y a des imperfections (ça reste toujours acide dans les aigus, notamment sur la fanfare de « Jugband Blues ») mais c’est du miel en comparaison avec le précédent.
Verdict : 3/5. Les limites de la source originale sont clairement perceptibles mais il y a eu un vrai travail de correction aux endroits stratégiques.
More (juillet 1969)
Première bande originale de film, cet album souffrait, sur ses précédentes éditions, d’un souffle omniprésent et désagréable. Ce défaut a enfin disparu : l’ensemble est clair, précis, transparent, le vibrato de l’orgue de « Cirrus Minor » ondule joliment sans jamais scintiller, la grosse caisse et la basse apparaissent enfin dans toute leur splendeur sur « The Nile Song » (souffreteux sur la précédente édition) et on touche de près le sublime dans le traitement de « Dramatic Theme » (équilibre remarquable de la basse, là encore très présente sans jamais étouffer le reste, alors qu’elle est curieusement très sourde sur « More Blues »…). Le piano est tout aussi clair et enfin proprement défini (« Up the Khyber »). « Cymbaline » et surtout, « Green is the Colour » sonnent enfin comme ils auraient dû le faire depuis bien longtemps. Petit bémol : des petits grésillements inexplicables sur des passages pourtant très anodins d’« Ibiza Bar » et « Main Theme ». En conclusion, même si l’ensemble manque toujours un peu de relief, c’est harmonieux, plutôt propre, et ce remaster rend enfin justice à un album plutôt mal connu alors qu’il est sans doute un des plus « trippant » de la discographie floydienne.
Verdict : 3,5/5. Une vraie bonne surprise et une nette amélioration par rapport à ce que l’on avait entendu précédemment. Mais, c’était encore perfectible, à mon avis…
Ummagumma (octobre 1969).
a) Partie live
Il ne fallait pas s’attendre à des miracles vu l’état du master d’origine et…de miracle il n’y eut point ! Même s’il y a eu un rééquilibrage du son, globalement mieux réparti, l’ensemble manque toujours de relief, le souffle est toujours là et apparaît d’ailleurs de manière encore plus flagrante pendant les applaudissements ! Bref, ce disque sonne toujours comme un bootleg honnête au niveau du son (les interprétations sont terribles, en revanche !) et le remastering n’a strictement rien amélioré.
b) Partie studio
Ici, c’est une impression de confusion qui domine. Certes, l’interprétation y joue pour beaucoup (« Ummagumma » est une expérimentation musicale aux frontières de la musique concrète pour les uns, une mauvaise plaisanterie pour les autres, dont Roger Waters himself !) et on peut imputer cela aux limites du quatre pistes mais cela n’explique pas tout (Cf les Beatles, encore une fois). Cette impression apparaît en effet dès les premières mesures de « Sysyphus » dont les deux premières parties paraissent curieusement brouillonnes en comparaison de la troisième, beaucoup mieux définie. Le même défaut réapparaît d’ailleurs juste après, ce qui est d’autant plus gênant que la dernière partie, plus orchestrale, était propice à un travail sur le son qui aurait dû (pu ?) être bien meilleur. Ainsi, le pourtant joli rappel du thème principal est tout simplement inexistant…De plus, si l’absence de basses était déjà flagrante dans les précédentes éditions, où elle est passée sur le quatrième mouvement de « The Narrow Way » ?! Et les chœurs ?!
Tout n’est pas à jeter, heureusement, ainsi « Grandchester Meadows » bénéficie d’un très joli mix guitares/voix où la guitare, très présente à gauche, descend dans les graves avec une belle rondeur. Même remarque sur la définition de « The Grand Vizier's Garden Party » qui profite d’un bel équilibre malgré des timbres de flûte tout à fait quelconques.
Verdict : 2,5/5. Difficile d’homogénéiser une ensemble aussi hétéroclite mais l’impression reste très moyenne, sur la partie live comme studio. Il y a certainement une volonté de ne pas dénaturer le mix original mais c’était, à mon sens, l’occasion de redynamiser/actualiser des pièces aussi exigeantes et ambitieuses (que ridicules pour d’autres).
Atom Heart Mother (octobre 1970)
Cet album marque une étape à partir de laquelle ces remasters prennent enfin tout leur sens car on passe d’une musique étriquée à une vraie spacialité. La raison principale est évidemment le passage sur 8 pistes mais ce n’est pas tout. Ainsi, il suffit d’écouter les timbres retrouvés des cuivres, la dynamique de l’orchestre symphonique de « Atom Heart Mother », la présence et la chaleur de la basse sur « If », la tonalité du piano sur « Summer of 68 » où le changement de tempo se fait à la fois avec force et souplesse pour s’en convaincre très vite ! On (re)découvre des arrangements, des bruitages (oui, il y a une cloche sur « Atom Heart Mother » et des chœurs sur le refrain de « Fat Old Sun » !), c’est tout simplement une nouvelle écoute et un régal pour les tympans.
Verdict : 5/5. Ce remaster est une merveille : la chaleur du vinyle, absente jusqu’alors, est de retour, l’ensemble est remarquable d’équilibre et de clarté. Ca enveloppe l’espace, ça respire, bref : ça (re)vit.
Meddle (octobre 1971)
Etape majeure dans la discographie du Floyd, cette remasterisation était d’autant plus attendue que les basses fréquences étaient rarement à la fête jusqu’alors. Aucun doute : cette fois, elles le sont. Ca claque, ça ronfle, même, avec efficacité (« One of These Days », « Pillow of Winds ») ou rondeur (« Echoes »). Un peu trop, peut-être...Autre point : le piano, mal aimé jusqu’à « Atom Heart Mother », est réinstallé ici avec bonheur (« San Tropez »). Tout cela est très homogène, la guitare de Gilmour est joliment présente, sans surbrillance, elle se marie à merveille avec les claviers de Wright et cette désagréable impression de confusion que l’on pouvait avoir eue auparavant, disparaît enfin. Comme le souffle, d’ailleurs, et on ne va pas s’en plaindre : le sonar de « Echoes » semble littéralement jaillir du vide. Deux petits bémols néanmoins : les guitares paraissaient plus présentes sur « Echoes » auparavant. Elles s’effacent ici au profit d’une basse omniprésente et quelque peu étouffante (alors qu’elle est étrangement en retrait sur « Fearless », par exemple), mais c’est peut-être aussi ce qui permet au final d’être aussi admirable de transparence et de stabilité. Les dynamiques, fréquentes chez Pink Floyd, avaient d’ailleurs rarement été aussi bien servies jusqu’à cet album et son prédécesseur…Autre petit détail un poil gênant, mais c’est peut-être du pinaillage : ça manque un peu de chaleur quand on écoute « Meddle » après « Atom Heart Mother » mais il faut sans doute mettre cela sur le compte de l’orchestration symphonique absente ici…
Verdict : 4,5/5. A nouveau, un très joli traitement dans l’ensemble malgré quelques partis pris (surexpression de la basse parfois) et une légère impression de froideur. A part cela, c’est incontestablement un autre « must have » de cette nouvelle série.
Obscured by Clouds (juin 1972)
Ce qui saute aux oreilles à l’écoute de ce disque c’est la différence de comportement des instruments. En clair, la rythmique, les voix et la guitare acoustique semblent être mises en valeur au détriment de la basse, du piano et de la guitare électrique. Certes, les problèmes de chuintement, repérés par Waters, avaient déjà été corrigés sur la précédente édition, mais on a toujours une impression de surbrillance, que ce soit sur « Burning Bridges », « The Gold It's in the... » ou, plus fâcheux, sur « Mudmen » où la guitare électrique est centrale. A contrario, elle apparaît au contraire joliment colorée sur « Wot's... Uh the Deal? », « Childhood’s End » ou le très beau « Stay ». Toujours dans la différence de traitement, le piano, pourtant omniprésent sur cette bande originale, est presque toujours en retrait, et c’est bien dommage, comme sur « Wot's... Uh the Deal? » ou, encore plus gênant, sur « Mudmen » où on a carrément l’impression qu’on lui a ajouté de la reverb. La basse, quant à elle, est carrément au abonnés absents tout le long du disque. L’impression de « gros son » des premières mesures de « Obscured by Clouds » n’est dûe qu’à une surexposition du VCS 3, synthétiseur dont c’était une des premières apparitions sur un enregistrement. On le retrouve d’ailleurs, ça et là, tout le long du disque. A part cela, les voix sont magnifiques, elles se répondent joliment sur « Burning Bridges » notamment, quant aux chœurs tribaux de « Absolutely Curtains », ils retrouvent carrément une seconde jeunesse…La section rythmique de Mason est mise en valeur sur chaque titre où elle prend d’ailleurs un peu trop souvent le pas sur les autres instruments.
Verdict : 3,5/5. De très jolies choses, une belle homogénéité et une chaleur retrouvées sur ce disque mal connu et souvent mal aimé, mais le piano et la basse (surtout) en ont, hélas, fait les frais…
The Dark Side of the Moon (mars 1973)
Bon, là, inutile de tourner autour du pot tant on touche du doigt la perfection absolue. Ce qui frappe avant tout à l’écoute du remaster de cette pierre angulaire de la musique du 20ème siècle, c’est son extraordinaire transparence, neutralité et stabilité dans les dynamiques. Bien sûr, là aussi, les bandes semblent avoir été complètement restaurées : il n’y a plus un poil de souffle. Ainsi, le cœur de « Speak to Me » semble sortir de nulle part, les halètements et les pas du type qui court dans « On the Run » sont perceptibles jusque dans leurs moindres détails. Chaque instrument est ici à l’honneur, ce qui était inédit jusqu’alors. La basse est magnifique d’onctuosité et d’équilibre, omniprésente sans jamais être envahissante, la rythmique, les guitares, claviers et voix sont (dans l’ensemble) à la même enseigne. Si on voulait vraiment pinailler un peu, on pourrait juste remarquer une légère surbrillance dans les fréquences les plus hautes de la Stratocaster sur « On The Run », le deuxième solo de « Money » et les toutes premières vocalises de Clare Torry (là encore, les plus hautes) sur « The Great Gig in the Sky ». L’écoute est apaisée, sereine avec à peine (mais c’est encore du pinaillage !) une petite sensation d’encombrement sur le final de « Us and Them ».
Verdict : 5/5. Ce remastering est tout simplement une merveille : il restitue toute la chaleur du vinyl de l’époque et la quintessence de chaque son sans jamais céder aux sirènes de la surenchère des basses. Remarquable.
Wish You Were Here (septembre 1975)
S’il est difficile de masteriser Pink Floyd, à cause des dynamiques comme je l’ai déjà évoqué, cet album est sans doute le plus difficile de tous pour les mêmes raisons, présentes ici puissance dix ! Et force est de constater que cette difficulté est manifeste dès les premières mesures de « Shine On You Crazy Diamond » puisque l’on s’aperçoit très vite d’une surbrillance désagréable et assez stressante sur les nappes d’ouverture d’orgue et de claviers, d’ailleurs étonnamment absente sur le final (« part VI-IX »). C’est d’autant plus dommage que la guitare, pourtant très haute, elle, est limpide, transparente et d’une stabilité assez exemplaire. C’est d’ailleurs le sans faute de ce mastering tout le long de l’album et, encore une fois, assez rare pour le souligner, puisque tout cela reste exemplaire, y compris sur les crachotements volontaires et radiophoniques de l’intro de « Wish You Were Here » ! Autre point très positif : la rythmique ; la grosse caisse est ronde, très présente et les cymbales, cristallines. Les voix sont aussi jolies et réussissent à sortir leur épingle d’un jeu pourtant très « massif », à l’instar du saxophone, ténor et alto de « Shine on You Crazy Diamond » (première partie) qui est tout bonnement exceptionnel. On pourra reprocher également une répartition des basses discutables puisque si elle est surprésente sur « Welcome to the Machine » (reléguant celle de « Meddle » à de l’opérette en 78 tours !), elle est étrangement très en retrait sur « Have a Cigar », là où elle est pourtant fondamentale. On pourra, néanmoins, remarquer le traitement unique réservé à « Wish You Were Here » (la chanson) qui est d’une précision chirurgicale dans l’expression, sublime de présence et de clarté.
Verdict : 3,5/5. De très jolies choses sur ce disque (les guitares, notamment, bien meilleures encore que celles de « Dark Side of the Moon », le rendu magnifique de la chanson « Wish You Were Here »…) mais aussi hélas, une impression de surenchère, pour ne pas dire de compression, un peu pénible et une différence de traitement selon les titres très discutable. La difficulté de masteriser autant de dynamique est manifeste ici et c’est la neutralité qui en subit les conséquences. Surtout quand on compare avec l’album précédent...
Animals (janvier 1977)
« Neutralité », voilà le maître mot de ce remastering. C’est évident dès les premières mesures de « Pigs on the Wing I » que c’est le plus flagrant et cela le reste tout le long de l’album. Pour certains, ce sera une grande qualité, pour les autres, dont je fais partie, cela n’est pas sans écueils. En effet, cette volonté manifeste de transparence et de respect à la virgule du mix original se fait au détriment d’une basse que l’on aurait souhaité peut-être plus présente. Là où elle devrait être ronflante et triomphante (« Pigs (Three Different Ones) »), elle apparaît apathique, presque anémiée. Il faut attendre « Sheep » pour qu’elle se réveille enfin. Pour le positif, on remarquera une meilleure gestion des voix (beaucoup plus présentes que sur le précédent mastering), ainsi que des guitares. Ce n’est pas un mal puisqu’elles sont omniprésentes et très importantes sur ce disque. Le break acoustique de « Dogs » est une pure merveille puisque l’on perçoit très distinctement le frottement des cordes. Sur ce même titre, les niveaux du final semblent avoir été revus à la baisse : on perd en surdynamisme ce que l’on gagne en transparence et c’est tant mieux. Le mariage guitare/clavier, souvent le parent pauvre de ce nouveau mastering, est ici remarquable : le final de « Sheep », exemple emblématique, est ici d’un équilibre et d’une stabilité tout simplement exemplaires. Et puis, soyons honnête, écoutez l’ouverture de ce titre si vous voulez offrir du caviar à vos tympans : le mix orgue/basse est une pure merveille…
Verdict : 4/5. « Animals » gagne assez peu en envergure par rapport à la précédente édition et s’il n’y a pas de faute de goût dans ce mastering, il n’y a pas la moindre fantaisie non plus. Certains jugeront sans doute cette neutralité (froideur ?) tout fait appropriée à l’esprit de ce disque mais je considère pour ma part qu’il méritait un traitement beaucoup plus ambitieux.
The Wall (novembre 1979)
Ce qui frappe d’emblée à l’écoute de cet album, en le comparant au master précédent, c’est l’impression d’amplitude, de volume dans l’espace, voire de multiples canaux alors que ce n’est qu’une stéréo. Les nombreux bruitages qui parsèment ce disque (les voix sur « One of My Turns », « Happiest Days of Our Lives », « Goodbye Blue Sky »…) semblent provenir de quelque part au centre, un peu comme si on était en 5.1. L’impression d’écoute étriquée de la précédente édition a donc complètement disparu mais ce n’est pas le seul bénéfice, loin de là, puisque tous les instruments sont ici à l’honneur. La basse, par exemple, est en tout point remarquable de justesse, d’équilibre et de pondération, surtout là où elle est essentielle (« Another Brick In the Wall part 1 », « Empty Space », « Hey You », sourde et inquiétante sur « Is There Anybody Out There ? »…). On pourrait lui reprocher un poil trop de présence sur « Young Lust », mais c’est vraiment du pinaillage…Les claviers et les guitares ne sont pas en reste, ils apparaissent sans le moindre scintillement quelle que soit la fréquence. On retrouve avec bonheur l’orgue de Wright sur « Mother » et les différents soli de Gilmour qui sont tous exemplaires de stabilité et de transparence : fini le stress dans les aigus (« Comfortably Numb » …). Et puis dès que le disque devient symphonique, alors là, cela confine au sublime : il faut écouter le timbre du piano sur « Nobody Home », le souffle épique des cuivres sur « Comfortably Numb » et « l’attaque » des cordes sur « Stop » pour s’en convaincre.
Verdict : 5/5. Certes, « The Wall » a bénéficié d’une production parfaite à la base, et cela aurait été vraiment dommage de ne pas en profiter sur ces rééditions, mais ce remaster va, à mon avis, bien au delà. Il bénéficie à la fois de la chaleur de « Dark Side of the Moon » et de la transparence de « Animals » : c’est d’ailleurs le grand vainqueur de cette série, et haut la main.
The Final Cut (mars 1983)
Le petit frère mal aimé de « The Wall » n’est pas le moins bien loti de ces remasters, loin s’en faut. Notons d’abord une très belle surprise : la présence de « When The Tigers Broke Free » qui s’inscrit parfaitement dans la logique et le déroulement de ce (pourtant) très bel album concept. Il n’y a pas grand chose à jeter ici puisque les orchestrations de Michael Kamen, somptueuses à la base, sont parfaitement remises à l’honneur par rapport au mastering précédent, passablement étriqué de ce disque. Là encore, et à l’instar de son prédécesseur, c’est l’impression d’espace qui prédomine. On se surprend à découvrir des petits détails, des petits bruitages absents jusqu’alors : les enfants qui jouent sur « Your Possible Pasts », ou presque tout le long de « One of the Few », dont les voix semblent apparaître, comme par magie, entre les enceintes. Tout, ou presque, n’est que transparence et clarté : la basse, ronde et homogène (« The Gunner’s Dream ») ou plus offensive (« Paranoid Eyes »), les cordes sublimissimes de « Take Your Filthy Hands Off My Desert » ou, mieux encore, de « The Fletcher Memorial Home », la guitare électrique de « Not Now John » ou acoustique de « Two Suns in the Sunset », les saxophones, les voix, précises jusqu’aux savonnements de Waters sur « Paranoid Eyes » qui rendent ce titre encore plus surprenant de présence, encore plus poignant. A peine remarquerons-nous une toute petite brillance sur les cuivres (« Post War Dream »), la guitare (« Your Possible Pasts », « The Fletcher Memorial Home »), une petite vibration du piano de « The Gunner’s Dream » ou des tout petits crachotements (après tout, bien normaux), sur les explosions (« The Gunner’s Dream », « The Final Cut »), mais tout cela est très anecdotique.
Verdict : 5/5. Là encore, un (presque) sans faute et un (tout) petit cran en dessous de son prédécesseur. « The Final Cut » est remarquable dans son traitement, sublime de présence, de transparence et de volume.
A Momentary Lapse of Reason (septembre 1987)
S’il y a un album que le fan moyen attendait avec les sacs de sable et les mitrailleuses, c’est bien celui-là ! Sans attendre le miracle, on espérait que le mix dégueulasse et la production archi-datée seraient un peu corrigés par ce nouveau master ? Hélas, mille fois hélas, non seulement il n’en est rien mais pire encore : cette nouvelle édition ne fait que mettre ces écueils en exergue ! Ce qui frappait, sur la précédente, c’était surtout le manque de basse. On mettait cela, à juste titre, sur les productions de l’époque, et cela ne nous choquait pas plus que ça, en 1987. Sauf que presque un quart de siècle est passé par là et que ces défauts sont difficilement supportables aujourd’hui. Et bien la basse, est encore le parent pauvre de ce nouveau master, abstraction faite, de « Signs of Life » où elle apparaît toute en rondeur et en chaleur, à la fois enveloppante et sobre. Elle accompagne d’ailleurs les nappes de synthés d’ouverture avec grande classe. Même chose, dans une moindre mesure néanmoins, pour « Round and Around ». « Learning to Fly », au rendu plutôt chaud et nuancé, semble même débarrassée de sa froideur initiale. A un tel point qu’on dirait que la batterie a été réenregistrée pour l’occasion ! Vœu pieu, même s’il paraît que c’est pourtant ce qu’aurait fait Nick Mason récemment…Pour une autre réédition ? J’ai peine à le croire mais qui sait…Ce ne sont, malheureusement que les deux points positifs de ce remaster. Tout le reste est médiocre : scintillements sur les guitares (« Signs of Life »), les claviers (« One Slip ») et même les voix (« A New Machine » part I & II). Comble du comble, la guitare est également aux abonnés absents, à un tel point qu’il est difficile de se rappeler que Gilmour (presque) seul a porté cet album sur ses frêles épaules ! Il faut écouter l’affreux mix de « Yet Another Movie » ou bien la reverb inutile de « On The Turning Away » pour s’en convaincre. Même le saxophone en fait les frais ! Impeccable jusqu’alors dans cette discographie, il est ici aux abonnés absents et même carrément noyé dans le mix de « Terminal Frost ». Et s’il y a bien un morceau où l’absence de basse frôle le criminel, c’est bien « Yet Another Movie »…« Sorrow », Dieu merci, conclue cet album plutôt joliment malgré une basse et une guitare toujours trop en retrait. Le morceau est clair, transparent et remarquablement stable, même dans le final très chargé.
Verdict : 2/5. A peine la moyenne car ce remaster est tout simplement inutile, exception faite de deux ou trois titres. Il y a eu une très mauvaise gestion des dynamiques et le défi, qui consistait à départir ce bon album de sa production archi-datée, n’est pas relevé. Voix criardes, guitares en retrait, cette édition est froide, clinique est sans âme. Pire : elle rend les défauts de la production et du mix originaux encore plus flagrants.
The Division Bell (mars 1994)
J’ai envie de dire : « on prend les mêmes et on recommence » puisque cet album souffre exactement des mêmes défauts que son prédécesseur…En pire. En effet, passé un « Cluster One » un petit poil mieux défini que sur l’édition d’avant, « What Do You Want from Me », et son affreuse rythmique, annonce la couleur de ce remaster : une basse absente (y compris là où on l’attend le plus comme sur « High Hopes », au hasard…), une orchestration symphonique (Michael Kamen encore, pourtant…) inexistante (« Great Day for Freedom »), une batterie qui ressemble à une boîte à rythmes, un mix des voix catastrophique (abstraction faite du début de « Poles Apart » et du joli « Wearing the Inside Out ») et une guitare mixée à trois Kilomètres avec une reverb à 95%, ce qui est particulièrement flagrant (et fâcheux) sur les morceaux où elle est centrale (« Marooned »…). L’ensemble est encore plus glacial que « A Momentary Lapse of Reason », (« Take it Back » est assez emblématique, de ce triste point de vue), ça manque cruellement de volume, d’envergure et le pied sur la pédale d’effet (« Keep Talking ») n’y fait strictement rien. Bref, c’est laid et, encore une fois, le remaster n’a fait qu’accentuer les lacunes de la production de ce disque.
Verdict : 2/5. Un autre remaster inutile et un album insipide sur la forme (comme sur le fond, d’ailleurs). Certes, le mastering peut améliorer certaines choses et gommer certains défauts mais ne rendra jamais un disque mal mixé (et accessoirement : mal produit) plus écoutable.
Conclusion
A une époque où certains labels font de gros efforts pour contrer la crise du CD, la démarche d’EMI semble donc particulièrement anachronique puisqu’ils sortent, en 2011, l’intégrale d’un groupe pourtant « vache à lait » dans un packaging extrêmement « cheap » et dépourvue du moindre bonus ! En clair, même si le remastering avait été complètement irréprochable (ce qui est très loin d’être le cas, comme nous l’avons vu), cette réédition aurait dégagé une très forte odeur de pompe à fric !
La question « à qui se destine cette intégrale ? » reste donc en suspens…
Le fan, et le néophyte qui n’aurait rien de Pink Floyd jusqu’à présent (mais quand même un bon système audio !), pourra néanmoins envisager l’investissement dans, et dans cet ordre :
1/ The Wall
2/ The Dark Side of the Moon
3/ Atom Heart Mother
4/ The Final Cut
5/ Meddle
6/ Animals
7/ Wish You Were Here
8/ Obscured By Clouds
9/ More
10/ A Saucerful of Secrets
11/ Ummagumma
12/ A Momentary Lapse of Reason
13/ The Division Bell
14/ The Piper at the Gates of Dawn
Les autres se contenteront des précédents remasters, disponibles à foison sur le marché de l’occasion à prix défiant toute concurrence et penseront très fort au précédent coffret, « Oh ! By The Way » dont l’achat (autour de 80€, pas plus) devient soudain beaucoup plus pertinent...

















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