samedi 30 juin 2012

YES - Fly From Here (2011)


Yes connaît une carrière en dent de scie depuis 1994 et le lumineux Talk qui marquait alors le retour du line-up auteur du succès planétaire "Owner of a Lonely Heart". Les efforts studio qui suivirent furent au mieux passables (The Ladder) au pire complètement ratés (Open Your Eyes). Les fans furent surpris d’apprendre que Geoff Downes aux claviers (très inspiré sur le Omega de Asia) et Trevor Horn aux manettes revenaient à l’occasion de ce très attendu Fly From Here. Cette mouture étant à l’origine de l’excellent Drama, il y a plus de trente ans, laissait en effet espérer de grandes choses…Et bien, inutile de tourner autour du pot car ce retour est une surprise aussi inespérée que quasi miraculeuse.

"Fly from Here", le morceau titre, est une ancienne composition apparaissant sur quelques enregistrements plus ou moins officiels de Yes et des Buggles. Elle est ici étendue sur une vingtaine de minutes, divisée en six parties, construites dans la plus pure tradition : une thématique développée par chacun des membres du groupe puis une reprise collégiale avec un final en feu d’artifice. C’est brillamment construit, les enchaînements sont remarquables, la guitare de Steve Howe fait littéralement des miracles (les vibratos floydiens sur "Sad Night at the Airfield"), bref, c’est tout simplement la meilleure longue pièce du groupe depuis "Endless Dream" en 1994.

 
Évidemment, comme c’est souvent le cas, on se dit alors que les autres titres, après un morceau aussi ambitieux, vont s’apparenter à du remplissage mais ce n’est pas (trop) le cas. "The Man You Always Wanted To Be" est une ballade agréablement popisante avec un refrain plutôt réussi, "Life on a Film" rappelle "Cinema" sur 90125 en parvenant à développer une atmosphére très particulière et "Into The Storm" boucle ce bel album sur une jolie note, à la fois technique et virtuose.

Seul petit bémol : l’inévitable et inutile solo de Steve Howe, inégalement inspiré depuis trop longtemps. On pourrait aussi débattre sur la voix de Benoît David mais le québécois s’en sort plus qu’avec les honneurs puisqu’il parvient même à faire parfois oublier l’absence de Jon Anderson. En conclusion, Fly from Here est un authentique retour gagnant, une franche réussite et un disque qui s’inscrit d’emblée dans la longue liste des classiques du groupe.

dimanche 10 juin 2012

HAPPY THE MAN - Crafty Hands (1978)


Happy The Man est un des premiers groupes de rock progressif américain avec Kansas dont le nom est un clin d’œil au titre d'un 45 tours de Genesis. Il est né de la rencontre entre le guitariste Stanley Whitaker et un claviériste particulièrement doué, Kit Watkins. Crafty Hands est leur deuxième album et reste admis, à juste titre, comme leur meilleur.

Le groupe allie la complexité et l'influence de l'école de Canterbury avec l’approche mélodique de Yes sans jamais verser dans la démonstration technique stérile ce qui est, hélas, souvent devenu l'apanage du progressif. Si « Service With A Smile » est le morceau de progressif le plus court de l’histoire du genre (deux minutes quarante quatre !) et si le titre le plus long reste en deçà de huit minutes, on est quand même loin des compositions calibrées et structurées de Kansas. Les auditeurs français de RTL reconnaîtront le générique de la célèbre émission "WRTL" qui fit les belles heures de la radio dans les années 80.


Les influences ici sont diverses, depuis le diaphane « Morning Sun » qui rappelle la période « hackettienne » de Genesis, empreint de sérénité, de grâce et de délicatesse, au très « crimsonien » « Steaming Pipe », plus complexe. On parcourt l'ensemble de ce Crafty Hands avec beaucoup plaisir tant l’ensemble est homogène, abouti, et ce malgré la quasi absence de voix. « Wind Up Doll Day Wind », seule chanson, n'est d'ailleurs pas la plus intéressante malgré les jolies paroles de Stanley Whitaker. La production est remarquable pour un groupe finalement assez confidentiel et prend toute sa mesure sur les remasterisations de Watkins parues en 1999. Remarquable de limpidité, elle laisse la part belle à chacun des instruments, ce qui est presque une gageure compte tenu de la complexité de certains passages.

Malheureusement, l’essai ne sera pas transformé car Crafty Hands ne sera suivi que d’une  compilation d'inédits, 3rd - Better Late... (1983)…avant que les membres ne se séparent. Reconnus pour leur talent et la richesse de leurs compositions, par Peter Gabriel lui même, Watkins et Whitaker seront pressentis pour l’accompagner dans sa carrière solo. Le projet sera finalement avorté car il aurait été contradictoire (et certainement incompris !) que Gabriel s’entoure d’acolytes aussi proches musicalement de ses anciens camarades. Watkins rejoindra momentanément Andrew Latimer de Camel sur un des très rares albums dispensables du groupe, I Can See Your House From Here et reformera son groupe en 2004. Cette reformation sera hélas de courte durée malgré un album plutôt réussi : The Muse Awakens.

Malgré une carrière éphémère et une discographie sommaire, Happy The Man demeure un groupe culte, une influence majeure par la suite (dont leurs compatriotes d'Enchant) et un passage musical incontournable pour tout amateur de bon rock progressif.